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Texte libre

voilà

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:56

Il parle
il fouette de mots le vent
on a dressé un échafaud
on va lui ravir la tête.

Ne pleure pas
tu ne laisses rien
le passage des filles a moins d'attrait
que le passage d'une chenille sur un chardon
leur corps ne vaut pas
le spectre frais d'un saule
et leur sexe entre fleur et épine
n'est qu'un terrier pleurard
au pied de l'arbre à seins.

Prends courage devant cet étrange bouquet
là-haut fleurit une fleur éclatante
bruit un serpent de glace
elle a pitié de toi
et va, pour toi seul, être cueillie.

Oh, diras-tu,
que ne suis-je venu plus tôt vers ce désert
que n'ai-je plus tôt fermé les yeux
sous cette nouvelle lessive noire
que n'ai-je plus tôt délivré l'oiseau de ma tête
que n'ai-je plus tôt pressé mon corps
contre ce sexe de douce nuit.

Il se tait
on le donne à la bête amoureuse
on répand sa couleur humide :
l'aube a sa morne température d'aube
Dieu a son morne sourire de Dieu
la mort a sa morne mort de mort.

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14 août 2006 1 14 /08 /août /2006 02:51

C'est difficile d'arriver à l'essentiel, même en ce qui concerne la guerre, la fantaisie résiste longtemps. (p. 33)


Les chevaux ont bien de la chance eux, car s'ils subissent aussi la guerre, comme nous, on ne leur demande pas d'y souscrire, d'avoir l'air d'y croire. (p. 37)


J'avais tout, pour moi tout seul, ce soir-là. J'étais propriétaire enfin, de la lune, du village, d'une peur énorme. (p. 38)


Je me rendais compte que l'âge c'est quelque chose pour les idées. Ça rend pratique. (p. 43)


De certain, il n'y avait à opposer décidément à tous ces puissants que notre petit désir, à nous deux, de ne pas mourir et de ne pas brûler. C'était peu, surtout que ces choses-là ne peuvent pas se déclarer pendant la guerre. (p. 45)


Décidément tous les gens que j'avais rencontrés pendant cette nuit-là m'avaient montré leur âme. (p. 45)


Le délire de mentir et de croire s'attrape comme la gale. (p. 54)


Cette possibilité qu'il n'y eût plus jamais de courses à Longchamp la déconcertait. La tristesse du monde saisit les êtres comme elle peut, mais à les saisir elle semble parvenir presque toujours. (p. 56)


« Mon ami, me confia-t-il, le temps passe et ne travaille pas pour moi... Ma conscience est inaccessible aux remords, je suis libéré, Dieu merci ! de ces timidités... Ce ne sont pas les crimes qui se comptent en ce monde... Il y a longtemps qu'on y a renoncé... Ce sont les gaffes... (p. 66)


Il s'endormit d'un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l'air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. (p. 160)


Il m'apprit encore ce ténébreux comment on projetait d'un seul coup bref au loin, pour se distraire, de la pointe du pied preste, les lourdes chenilles caparaçonnées qui montaient sans cesse nouvelles, frémissantes et baveuses à l'assaut de notre case forestière. Si on les écrase, maladroit, gare à soi ! On en est puni par huit jours consécutifs de puanteur extrême, qui se dégage lentement de leur bouillie inoubliable. Il avait lu dans les recueils que ces lourdes horreurs représentaient en fait de bêtes ce qu'il y avait de plus vieux au monde. Elles dataient, prétendait-il, de la seconde période géologique ! « Quand nous viendrons nous autres d'aussi loin qu'elles mon ami que ne pueront-nous pas ? » Tel quel. (p. 168)


Le véritable savant met vingt bonnes années en moyenne à effectuer la grande découverte, celle qui consiste à se convaincre que le délire des uns ne fait pas du tout le bonheur des autres et que chacun ici-bas se trouve indisposé par la marotte du voisin.

Le délire scientifique plus raisonné et plus froid que les autres est en même temps le moins tolérable d'entre tous. Mais quand on a conquis quelques facilités pour subsister même assez chichement dans un certain endroit, à l'aide de certaines grimaces, il faut bien persévérer ou se résigner à crever comme un cobaye. Les habitudes s'attrapent plus vite que le courage et surtout l'habitude de bouffer. (p. 281)


Il n'y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n'a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. Ça y sera. (p. 327)


Les riches n'ont pas besoin de tuer eux-mêmes pour bouffer. Ils les font travailler les gens comme ils disent. Ils ne font pas le mal eux-mêmes, les riches. Ils payent. On fait tout pour leur plaire et tout le monde est bien content. Pendant que leurs femmes sont belles, celles des pauvres sont vilaines. C'est un résultat qui vient des siècles, toilettes mises à part. Belles mignonnes, bien nourries, bien lavées. Depuis qu'elle dure la vie n'est arrivée qu'à ça. (p. 332)


C'est plus compliqué et plus pénible que la défécation notre effort mécanique de la conversation. Cette corolle de chair bouffie, la bouche, qui se convulse à siffler, aspire et se démène, pousse toutes espèces de sons visqueux à travers le barrage puant de la carie dentaire, quelle punition ! Voilà pourtant ce qu'on nous adjure de transposer en idéal. C'est difficile. Puisque nous sommes des enclos de tripes tièdes et mal pourries nous aurons toujours du mal avec le sentiment. Amoureux ce n'est rien c'est tenir ensemble qui est difficile. (p. 337)


[...] parce qu'il faut toujours un peu de temps pour que les gens arrivent à vous connaître, et pour qu'ils se mettent en train et trouvent le truc pour vous nuire. (p. 346)


Ça fait du bien trois êtres de moins à vous connaître donc à vous épier et à vous nuire, qui ne savent même plus du tout ce que vous êtes devenu. C'est bon. (p. 347)


On prend tout pour des chagrins d'amour quand on est jeune et qu'on ne sait pas... (p. 363)


Par exemple à présent c'est facile de nous raconter des choses à propos de Jésus-Christ. Est-ce qu'il allait aux cabinets devant tout le monde Jésus-Christ ? J'ai l'idée que ça n'aurait pas duré longtemps son truc s'il avait fait caca en public. Très peu de présence, tout est là, surtout pour l'amour. (p. 366)


« Ils rajeunissent c'est vrai plutôt du dedans à mesure qu'ils avancent les pauvres, et vers leur fin pourvu qu'ils aient essayé de perdre en route tout le mensonge et la peur et l'ignoble envie d'obéir qu'on leur a donnée en naissant ils sont en somme moins dégoûtants qu'au début. Le reste de ce qui existe sur la terre c'est pas pour eux ! Ça les regarde pas ! Leur tâche à eux, la seule, c'est de se vider de leur obéissance, de la vomir. S'ils y sont parvenus avant de crever tout à fait alors ils peuvent se vanter de n'avoir pas vécu pour rien. »

J'étais en train décidément... (p. 379)


C'est bon les villes inconnues ! C'est le moment et l'endroit où on peut supposer que les gens qu'on rencontre sont tous gentils. C'est le moment du rêve. On peut profiter que c'est le rêve pour aller perdre quelque temps au jardin public. (p. 382)


Après tout quand l'égoïsme nous relâche un peu, quand le temps d'en finir est venu, en fait de souvenir on ne garde au cœur, que celui des femmes qui aimaient vraiment un peu les hommes, pas seulement un seul, même si c'était vous, mais tous. (p. 393)


Un fou, ce n'est que les idées ordinaires d'un homme mais bien enfermées dans une tête. Le monde n'y passe pas à travers sa tête et ça suffit. Ça devient comme un lac sans rivière une tête fermée, une infection. (p. 416)


On se méfie de ce qui arrive par les routes, on a raison. (p. 445)


J'étais pas grand comme la mort moi. J'étais bien plus petit. J'avais pas la grande idée humaine moi. J'aurais même je crois senti plus facilement du chagrin pour un chien en train de crever que pour lui Robinson, parce qu'un chien c'est pas malin, tandis que lui il était un peu malin malgré tout Léon. Moi aussi j'étais malin, on était des malins... (p. 497)


De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l'écluse, un autre pont, loin, plus loin... Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu'il emmenait, la Seine aussi, tout, qu'on en parle plus. (p. 505)

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10 septembre 2005 6 10 /09 /septembre /2005 00:00
There is another sky,
Ever serene and fair,
And there is another sunshine,
Though it be darkness there;
Never mind faded forests, Austin,
Never mind silent fields -
Here is a little forest,
Whose leaf is ever green;
Here is a brighter garden,
Where not a frost has been;
In its unfading flowers
I hear the bright bee hum:
Prithee, my brother,
Into my garden come!
Il est un autre ciel,
Toujours serein, et beau,
Et il est un autre soleil,
Bien qu'il y fasse noir aussi;
Peu importe les forêts effacées, Austin,
Peu importe le silence des champs -
Il est ici une petite forêt,
Dont les feuilles sont à jamais vertes;
Il est ici un plus clair jardin,
Où jamais aucun gel ne vint;
Dans ses fleurs, qui ne s'effacent,
J'entends la brillante abeille:
S'il te plaît, mon frère,
Dedans mon jardin, viens !

 
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10 septembre 2005 6 10 /09 /septembre /2005 00:00
Adrift! A little boat adrift!
And night is coming down!
Will no one guide a little boat
Unto the nearest town?

So Sailors say -- on yesterday --
Just as the dusk was brown
One little boat gave up its strife
And gurgled down and down.

So angels say -- on yesterday --
Just as the dawn was red
One little boat -- o'erspent with gales --
Retrimmed its masts -- redecked its sails --
And shot -- exultant on!
Vogue ! Un petit bateau qui vogue !
Et voilà la nuit qui vient !
Qui guidera - un petit bateau
Jusqu'au port voisin ?

Ce que disaient les Marins - hier -
Le crépuscule était brun
Et un petit bateau lâchait la lutte
Glougloutant vers le fond marin.

Ce que disaient les anges - hier -
Le crépuscule était roux
Et un petit bateau - abattu par les vents -
Regarnit ses mâts - remonta ses ailes -
Et bang - exultamment !

 
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4 septembre 2005 7 04 /09 /septembre /2005 00:00
Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles
Qui s'extasient devant le terrier d'un lapin
Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile ;
Elle n’a aucun message à transmettre aux humains.

Il est doux, au volant d'une puissante Mercedes,
De traverser des lieux solitaires et grandioses ;
Manoeuvrant subtilement le levier de vitesses
On domine les monts, les rivières et les choses.

Les forêts toutes proches glissent sous le soleil
Et semblent refléter d'anciennes connaissances ;
Au fond de leurs vallées on pressent des merveilles,
Au bout de quelques heures on est mis en confiance ;

On descend de voiture et les ennuis commencent.
On trébuche au milieu d'un fouillis répugnant,
D'un univers abject et dépourvu de sens
Fait de pierres et de ronces, de mouches et de serpents.

On regrette les parkings et les vapeurs d'essence,
L'éclat serein et doux des comptoirs de nickel ;
Il est trop tard. Il fait trop froid. La nuit commence.
La forêt vous étreint dans son rêve cruel.


(Michel Houellebecq, Renaissance)
 
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4 septembre 2005 7 04 /09 /septembre /2005 00:00
Malheureusement, ce reflux des villes vers l'extérieur ne s'opère pas sans enlaidir les campagnes : non seulement les détritus de toute espèce encombrent l'espace intermédiaire compris entre les cités et les champs ; mais chose plus grave encore, la spéculation s'empare de tous les sites charmants du voisinage, elle les divise en lots rectangulaires, les enclôt de murailles uniformes, puis y construit par centaines et par milliers des maisonnettes prétentieuses. Pour les promeneurs errant par les chemins boueux dans ces prétendues campagnes, la nature n'est représentée que par les arbustes taillés et les massifs de fleurs qu'on entrevoit à travers les grilles. Sur le bord de la mer, les falaises les plus pittoresques, les plages les plus charmantes sont aussi en maints endroits accaparées soit par des propriétaires jaloux, soit par des spéculateurs qui apprécient les beautés de la nature à la manière des changeurs évaluant un lingot d'or. Dans les régions de montagnes fréquemment visitées, la même rage d'appropriation s'empare des habitants : les paysages sont découpés en carrés et vendu au plus fort enchérisseur ; chaque curiosité naturelle, le rocher, la grotte, la cascade, la fente d'un glacier, tout, jusqu'au bruit de l'écho, peut devenir propriété particulière. Des entrepreneurs afferment les cataractes, les entourent de barrières en planches pour empêcher les voyageurs non-payants de contempler le tumulte des eaux, puis, à force de réclames, transforment en beaux écus sonnants la lumière qui se joue dans les gouttelettes brisées et le souffle du vent qui déploie dans l'espace des écharpes de vapeurs.

Puisque la nature est profanée par tant de spéculateurs précisément à cause de sa beauté, il n'est pas étonnant que dans leurs travaux d'exploitation les agriculteurs et les industriels négligent de se demander s'ils ne contribuent pas à l'enlaidissement de la terre. Il est certain que le "dur laboureur" se soucie fort peu du charme des campagnes et de l'harmonie des paysages, pourvu que le sol produise des récoltes abondantes; promenant sa cognée au hasard dans les bosquets, il abat les arbres qui le gênent, mutile indignement les autres et leur donne l'aspect de pieux ou de balais. De vastes contrées qui jadis étaient belles à voir et qu'on aimait à parcourir sont entièrement déshonorées, et l'on éprouve un sentiment de véritable répugnance à les regarder. D'ailleurs il arrive souvent que l'agriculteur, pauvre en science comme en amour de la nature, se trompe dans ses calculs et cause sa propre ruine par les modifications qu'il introduit sans le savoir dans les climats. De même il importe peu à l'industriel, exploitant sa mine ou sa manufacture en pleine campagne, de noircir l'atmosphère des fumées de la houille et de la vicier par des vapeurs pestilentielles. Sans parler de l'Angleterre, il existe dans l'Europe occidentale un grand nombre de vallées manufacturières dont l'air épais est presque irrespirable pour les étrangers ; les maisons y sont enfumées, les feuilles mêmes des arbres y sont revêtues de suie, et quand on regarde le soleil, c'est à travers une brume épaisse que se montre presque toujours sa face jaunie. Quant à l'ingénieur, ses ponts et ses viaducs sont toujours les mêmes, dans la plaine la plus unie ou dans les gorges des montagnes les plus abruptes ; il se préoccupe, non de mettre ses constructions en harmonie avec le paysage, mais uniquement d'équilibrer la poussée et la résistance des matériaux.


Certainement il faut que l'homme s'empare de la surface de la terre et sache en utiliser les forces ; cependant on ne peut s'empêcher de regretter la brutalité avec laquelle s'accomplit cette prise de possession. Aussi, quand le géologue Marcou nous apprend que la chute américaine du Niagara a sensiblement décru en abondance et perdu de sa beauté depuis que l'on l'a saignée pour mettre en mouvement les usines de ses bords, nous pensons avec tristesse à l'époque, encore bien rapprochée de nous, où le "tonnerre des eaux", inconnu de l'homme civilisé, s'écroulait librement du haut de ses falaises, entre deux parois de rochers toutes chargées de grands arbres. De même on se demande si les vastes prairies et les libres forêts où par les yeux de l'imagination nous voyons encore les nobles figures de Chingashook et de Bas-de-Cuir n'auraient pu être remplacées autrement que par des champs, tous d'égale contenance, tous orientés vers les quatre points cardinaux, conformément au cadastre, tous entourés régulièrement de barrières de la même hauteur. La nature sauvage est si belle : est-il donc nécessaire que l'homme, en s'en emparant, procède géométriquement à l'exploitation de chaque nouveau domaine conquis et marque sa prise de possession par des constructions vulgaires et des limites de propriétés tirées au cordeau ? S'il en était ainsi, les harmonieux contrastes qui sont une des beautés de la terre feraient bientôt place à une désolante uniformité, car la société, qui s'accroît chaque année d'au moins une dizaine de millions d'hommes, et qui dispose par la science et l'industrie d'une force croissant dans de prodigieuses proportions, marche rapidement à la conquête de toute la surface planétaire ; le jour est proche où il ne restera plus une seule région des continents qui n'ait été visitée par le pionnier civilisé, et tôt ou tard le travail humain se sera exercé sur tous les points du globe. Heureusement le beau et l'utile peuvent s'allier de la manière la plus complète, et c'est précisément dans les pays où l'industrie agricole est la plus avancée, en Angleterre, en Lombardie, dans certaines parties de la Suisse, que les exploiteurs du sol savent lui faire rendre les plus larges produits tout en respectant le charme des paysages, ou même en ajoutant avec art à leur beauté. Les marais et les bouées des Flandres transformés par le drainage en campagnes d'une exubérante fertilité, la Crau pierreuse se changeant, grâce aux canaux d'irrigation en une prairie magnifique, les flancs rocheux des Apennins et des Alpes maritimes se cachant du sommet à la base sous le feuillage des oliviers, les tourbières rougeâtres de l'Irlande remplacées par des forêts de mélèzes, de cèdres, de sapins argentés, ne sont-ce pas là d'admirables exemples de ce pouvoir qu'a l'agriculteur d'exploiter la terre à son profit tout en la rendant plus belle ?

La question de savoir ce qui dans l'œuvre de l'homme sert à embellir ou bien contribue à dégrader la nature extérieure peut sembler futile à des esprits soi-disant positifs : elle n'en a pas moins une importance de premier ordre. Les développements de l'humanité se lient de la manière la plus intime avec la nature environnante. Une harmonie secrète s'établit entre la terre et les peuples qu'elle nourrit, et quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, elles finissent toujours par s'en repentir. Là où le sol s'est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s'éteignent, les esprits s'appauvrissent, la routine et la servilité s'emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. Parmi les causes qui dans l'histoire de l'humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats, entouraient les cités de zones marécageuses et pestilentielles ; puis, quand la nature, profanée par eux, leur était devenue hostile, ils la prenaient en haine, et, ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissaient de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois. "Les grands domaines ont perdu l'Italie", a dit Pline ; mais il faut ajouter que ces grands domaines, cultivés par des mains esclaves, avaient enlaidi le sol comme une lèpre. Les historiens, frappés de l'éclatante décadence de l'Espagne depuis Charles-Quint, ont cherché à l'expliquer de diverses manières. D'après les uns, la cause principale de cette ruine de la nation fut la découverte de l'or d'Amérique ; suivant d'autres, ce fut la terreur religieuse organisée par la "sainte fraternité" de l'inquisition, l'expulsion des Juifs et des Maures, les sanglants autodafé des hérétiques. On a également accusé de la chute de l'Espagne l'inique impôt de l'alcabala et la centralisation despotique à la française ; mais l'espèce de fureur avec laquelle les Espagnols ont abattu les arbres de peur des oiseaux, por miedo de los ajaritos, n'est-elle donc pour rien dans cette terrible décadence ? La terre, jaune, pierreuse et nue, a pris un aspect repoussant et formidable, le sol s'est appauvri, la population, diminuant pendant deux siècles, est retombée partiellement dans la barbarie. Les petits oiseaux se sont vengés.

Élisée Reclus, Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes (1866)

Trouvé ici   www.in-nocence.org
 
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13 août 2005 6 13 /08 /août /2005 00:00

Janvier 1968

Ce temps doux et humide en hiver, cette torpeur hors de saison éveillent en moi le malfaiteur. (p. 546)


Plus je vais, plus je m'aperçois que je ne peux rien résoudre, qu'il n'y a de solution à rien ; mais je reconnais que les autres, si on les force à réfléchir un peu, en arrivent presque tous aux mêmes conclusions... (p. 549)


On peut se comparer sans indécence à Dieu mais pas à Napoléon. C'est ce qu'un Chateaubriand n'a pas compris. (p. 550)


Il n'y a que les déchus qui aient frôlé l'essentiel. Pourquoi ? Parce que que ce sont eux qui sont le plus près de la condition de l'homme, parce qu'il n'y a qu'eux en qui nous nous voyons réalisés. Le déchu est un homme comme nous mais qui n'a pas su garder son secret, qui l'a révélé, qui l'a étalé. C'est pour cela que nous lui en voulons et le fuyons : nous lui faisons grief de n'avoir pas joué le jeu, nous lui reprochons de nous avoir trahis. (p. 556)

Juin 1968

L'homme, cet exterminateur - Tout ce qui vit va finir par succomber à ses attaques, et bientôt on parlera du dernier pou. (p. 586)

Octobre 1968

[...] Il existe un degré de silence passé lequel on frise l'état de mort-vivant, la parole est signe de vie, et c'est pourquoi le fou qui parle est plus près de nous que le non-fou taciturne, qui ne peut ouvrir la bouche.

Janvier 1969

Avant le remembrement les champs étaient des jardins, avec leurs haies, leurs bosquets, leur physionomie propre, leurs contours individuels, irréguliers, vivants. Maintenant on se croirait en Amérique : un désert ensemencé.
Après la disparition du cheval, on assiste à celle de l'arbre. (p. 676)


Je ne vis pas dans le renoncement mais dans l'idée de renoncement. Comme tous les faux sages. (p. 680)

Février 1969

Les seuls types bien en Allemagne étaient les Juifs. Eux disparus, il n'est plus resté qu'une sorte de Belgique monstre. (p. 681)


Ma mission est de tirer les gens de leur sommeil de toujours, tout en sachant que je commets là un crime, et qu'il vaudrait mille fois mieux les laisser y persévérer, puisque aussi bien lorsqu'ils s'éveillent, je n'ai rien à leur proposer. (p. 682)

 
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30 juin 2005 4 30 /06 /juin /2005 00:00
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30 juin 2005 4 30 /06 /juin /2005 00:00


Les gens qui savent dessiner m'impressionnent.
Moi je suis un artiste a-disciplinaire.
À peine si je sais écrire.
Et je ne vois pas ce que ça a de bien extraordinaire, écrire.
À part de pouvoir dire les choses clairement.

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28 juin 2005 2 28 /06 /juin /2005 00:00
Je veux n’être pas cru, je veux n’être pas même entendu. Qu’on me laisse isolé, désolé.
Je veux qu’on me haïsse et qu’on me calomnie,
Je veux faire le bien et que tous puissent dire :
Il fait tout le mal !
 
Je ne veux pas être défendu,
Je veux avec ma vie toute nue
Être errant devant tous, perclus, perdu.
 
Les trèfles qui bougeaient en moi tous les ont niés ;
Les êtres purs sèment le scandale,
Il faut être le juste que tous accusent.
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